Nos antennes dans le monde

Promotion de la relève littéraire

Programme de mentorat: Camille Luscher


Née en 1987, Camille Luscher est traductrice littéraire. Elle traduit de l’allemand en français, principalement des auteurs suisses : Arno Camenisch, Hannes Binder, Eleonore Frey, ou encore Max Frisch. Pour sa traduction de «Derrière la gare» de Arno Camenisch elle a reçu le Prix Terra Nova de la Fondation Schiller. Elle travaille en parallèle au Centre de Traduction Littéraire de Lausanne et collabore à différents festivals et manifestations littéraires.

Arno Camenisch, «Sez Ner», Editions d’en bas, 2009.
Traduit par Camille Luscher, avec un mentorat de Marion Graf.

Lorsque Jean Richard des Editions d’en bas m’a contactée pour me proposer la traduction de «Sez Ner» d’Arno Camenisch dans le cadre d’un programme de mentoring, j’ai immédiatement accepté, sans savoir exactement dans quoi je me lançais. Je souhaitais traduire, je le savais depuis quelque temps déjà et j’accueillais avec enthousiasme toutes les possibilités de me confronter à cet exercice de langue. J’avais déjà traduit des textes courts, j’entrevoyais cependant que la traduction d’un livre d’une centaine de pages représentait un défi autrement plus périlleux. Heureusement je n’allais pas l’affronter seule: Marion Graf m’accompagnerait tout au long du travail. Le programme de mentorat de Pro Helvetia m’a offert la fantastique opportunité d’accélérer le processus d’apprentissage, de réaliser une traduction d’un livre du début à la «fin», c’est-à-dire à la publication, dans des conditions idéales, rassurantes autant pour l’éditeur que pour la traductrice en herbe.

Dès le début, l’échange avec ma «menta» (jamais encore je n’ai trouvé une désignation satisfaisante) s’est avéré infiniment précieux. Elle a partagé avec moi ses méthodes de travail, son expérience, m’orientant sur le chemin à prendre. Sa réaction aux premières pages que je lui ai livrées a été positive, très encourageante dans un premier temps: j’étais sur la bonne voie. Mais il y avait encore du travail. Il me fallait encore trouver le bon équilibre entre le respect de l’original et le respect du lecteur. Voilà sans doute l’un des apports les plus importants du programme de mentorat de Pro Helvetia: la traduction s’inscrit dans le concret du projet éditorial, obligeant à concevoir son travail par rapport à un public, une réception, ce qui permet de dépasser l’exercice spéculatif. Des choix doivent être faits et ils seront imprimés, diffusés, lus, critiqués, reçus.

Au fil des discussions, et des allées et venues des échanges, ma traduction était complètement démontée, corrigée toujours plus précisément, plus profondément. Je comprenais qu’il n’existait pas de règle générale et que la meilleure traduction pour un mot, une phrase, un rythme à une certaine page ne se révélerait pas forcément la bonne quelques pages plus loin. Le regard que Marion portait sur ma traduction affinait aussi peu à peu le mien, j’essayais d’anticiper ses remarques, de justifier mes choix, d’aller chercher plus loin les solutions.

Mais la collaboration avec Marion Graf a été pour moi plus qu’une correction minutieuse. Les délais fixés avec elle m’ont permis de jalonner mon travail de manière efficace. Les retours réguliers, les encouragements, les conseils m’ont donné la motivation, la confiance dont j’avais besoin pour continuer. Entendre ses propres doutes de professionnelle me rassurait dans mes découragements. Elle m’encourageait à me questionner sans cesse à nouveau, à ne rien considérer comme acquis, tout en croyant à la reconstruction, à la cohérence (re)trouvée.

Il serait très long d’énumérer ce que je pense avoir acquis au cours de cette riche expérience, à travers la confrontation directe avec un texte long et complet et les conditions pratiques de l’édition. J’ai parlé d’un accélérateur d’apprentissage; je me rends compte avec le recul que rien n’aurait pu remplacer ce que m’a apporté le mentorat. Sans doute aurais-je appris certaines choses tôt ou tard, après beaucoup de temps, beaucoup de traductions insatisfaisantes. Mais rien ne peut remplacer l’échange critique, les questions pertinentes d’une personne extérieure. Il importe particulièrement que celle-ci soit au bénéfice d’une profonde connaissance du texte. Cela demande un grand investissement, en temps, bien sûr, mais un engagement personnel aussi. C’est une grande opportunité offerte par Pro Helvetia que d’accompagner ainsi les premiers pas des traducteurs. La meilleure formation: celle du forgeron.

Camille Luscher, janvier 2017

Bonus: le reportage de la RTS pour le journal télévisé «19h30», le samedi 29 avril 2017